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PRIMATURE À L’UDPS: F. TSHISEKEDI, V. MUBAKE ET B. TSHIBALA : ATOUTS ET FAIBLESSES

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PRIMATURE À L’UDPS: F. TSHISEKEDI, V. MUBAKE ET B. TSHIBALA : ATOUTS ET FAIBLESSES

Le poste de Premier ministre revient à l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) du patriarche Etienne Tshisekedi Wa Mulumba, l’opposant de tous les régimes de Kinshasa depuis le maréchal Mobutu.

Si rien n’est encore acquis pour l’application de l’accord de la saint sylvestre, au regard d’âpres discussions sur l’arrangement particulier, l’équation reste tout aussi compliquée pour l’UDPS à qui le Rassemblement a confié ce poste. Les atouts et faiblesses des trois personnalités qui émergent au sein de ce parti sont ici passés au crible.

Félix Tshisekedi favori

Félix Tshisekedi Tshilombo est le favori, plébiscité par les alliés du Rassemblement de l’opposition, la coalition créée à Genval dans la banlieue bruxelloise par des opposants qui tenaient à obtenir le départ de Joseph Kabila, le 19 décembre 2016. Tout le monde reconnait le rôle éminent joué par ce secrétaire en charge des relations extérieures de l’UDPS.

Selon des sources, Félix Tshisekedi a fait preuve de grandes qualités de diplomates, en arrondissant des angles et en obtenant la participation de nombreux opposants. Fils d’Etienne Tshisekedi, Félix s’est engagé en politique alors que ses autres frères s’étaient lancés sur d’autres voies.

Combattant (militant) à la base, celui qu’on a baptisé Fatshi (l’acronyme de ses noms Félix-Antoine Tshisekedi) a franchi toutes les fonctions de la base jusqu’à se retrouver au poste de secrétariat général adjoint du parti. Comme secrétaire national aux relations extérieures, il a fait rayonner l’image de l’UDPS à travers le monde, expliquant les positions de principe du parti qui agacent les différents régimes au pouvoir au pays. Félix Tshisekedi n’a pas été un piètre ministre des Affaires étrangères de son parti, l’UDPS.

Comme politique, « Fatshi » a combattu partout où il était, tant au pays qu’à l’étranger. Personne au sein de l’UDPS ou ailleurs ne lui dénie la qualité de bon combattant, « oubliant lors des manifestations qu’il était le fils du président », a confié un parlementaire-debout de Limeté. Le rapprochement avec le G7, l’AR et la Dynamique de l’opposition porte ses marques.« Tous ses mérites ne sont pas du fait qu’il porte le nom de Tshisekedi. Il les avait mérités », a rassuré la même source.

En fin diplomate, Félix Tshisekedi ne transige jamais sur les principes, faisant de lui un homme imprévisible, selon ses détracteurs. Mais, tout le monde reconnait que ce négociateur percutant est ouvert à des compromis. Le député UNC, le très respecté prof. Sam Bokolombe a fait, en juillet 2015, un témoignage élogieux sur ses connaissances des dossiers du pays, in tempore non suspecto.

Cependant, il lui est reproché son rôle controversé dans des pourparlers avec le pouvoir à Ibiza, Rome et Paris. Ses démarches avec l’ancien secrétaire général, Bruno Mavungu, l’ont coupé avec des pans entiers de la base du parti. D’autres encore insistent sur le fait qu’il ne serait pas universitaire. Son entourage s’en étonne : « connaissent-ils réellement Félix Tshisekedi, ceux qui font de telles déclarations ? », sans autre commentaire.

Félix Tshisekedi a dirigé la délégation du Rassemblement lors des négociations qui ont abouti à la signature de l’accord de la Saint-sylvestre.

Puis Valentin Mubake, l’autre favori

Valentin Mubake est le conseiller politique d’Etienne Tshisekedi. Il a rejoint l’UDPS après la conférence nationale souveraine. Très engagé, on dit de lui qu’il est à l’extrême gauche du lider maximo de l’UDPS. Valentin Mubake a occupé tous les postes de la base au sommet jusqu’à devenir le président du parlement de l’UDPS, le comité national du parti. Il était quasiment la deuxième personnalité du parti à une époque où l’UDPS brillait de mille feu. Ce n’est donc pas un arriviste au sommet du parti. Nommé conseiller politique d’Etienne Tshisekedi, il l’a accompagné dans toutes les péripéties de la campagne électorale de 2011.

Ingénieur de formation, il a exercé comme consultant auprès de plusieurs organisations internationales, mais son engagement politique a pris le dessus. Présenté comme dépositaire de la ligne orthodoxe de l’UDPS, Valentin Mubake a pu entretenir la base, particulièrement pendant l’absence du président du parti en Europe pour des soins médicaux et pour sa convalescence. Interdit d’accès à la résidence du lider maximo, on dit de lui qu’il est opposé à Félix Tshisekedi qui a l’avantage de voir le président du parti à tout moment. Un handicap sérieux.

La seule présence de Valentin Mubake aux négociations de la Cenco « a rassuré les parlementaires débout » qui ont été quasiment abandonnés à eux-mêmes durant la période de flottement enregistrée par l’UDPS pendant la maladie de Tshisekedi.

Accroché à la ligne pure et dure historique du parti, Valentin Mubake avait gardé sa constance sur la vision d’Etienne Tshisekedi, qualifiant d’hérétique certaines prises de position de l’ancien secrétaire général, Bruno Mavungu. Le temps a fini par lui donner raison, celui-ci a quitté l’UDPS avec fracas !

Ses détracteurs, au sein de l’UDPS et à la Majorité présidentielle, le trouvent « extrémiste ». Ils en veulent pour preuve ses interviews le premier jour des négociations de la Cenco au cours desquelles il ne faisait aucun mystère sur sa mission reçue du président du parti de ne pas céder sur certains points précis.

Selon des indiscrétions, il ne s’est jamais départi de cette ligne même pendant les négociations. Fidèle des fidèles d’Etienne Tshisekedi, avec ancrage réel auprès des parlementaires-débout, Mubake n’était pas à Genval ! Nul ne connait sa proximité avec le Rassemblement qui regroupe aussi des Katumbistes et des leaders de la Dynamique de l’opposition.

Ses adversaires disent qu’un Premier ministre de l’Est ne peut pas répondre à la demande politique de satisfaire l’espace du Centre, allusion faite au Grand Kasaï qui constitue la base naturelle de l’UDPS.« Tshisekedi aurait un faible pour lui », selon un ancien de l’UDPS qui est rentré au bercail.

Bruno Tshibala, un gros outsider

Présenté comme outsider, Bruno Tshibala risque de surprendre. Consulté en prison pour occuper le poste de Premier ministre en remplacement de Matata Ponyo, il avait conditionné son acceptation de l’offre par une concertation préalable avec Tshisekedi. Ce qui avait déplu à la Majorité qui a décidé de désigner Samy Badibanga. Kasaïen, ce juriste formé à l’université Marien Ngouabi de Brazzaville, est un avocat qui a lutté à Kinshasa pour des causes nobles. Il porte sur lui des stigmates de la brutalité de la dictature mobutiste.

Porte-parole du Rassemblement, Bruno Tshibala est connu comme un acteur politique évoluant sous l’ombre du sphinx de limeté. Inflexible sur la ligne du parti, Bruno Tshibala est ouvert à des compromis et rassure le camp d’en face, c’est-à-dire la MP parce qu’il ne fera pas ombrage à son autorité morale.

« Diplomate, Tshibala est capable de faire avaler des pilules amères à l’autre camp, sans créer des frictions », a rassuré un cadre de l’UDPS qui estime que ce serait le candidat idéal qui n’est pas de la famille biologique du président Tshisekedi, mais est issu de l’espace kasaïen et son combat est reconnu par tous comme exemplaire en fidélité  à la ligne du parti.

« Avec Bruno Tshibala, il est possible d’avoir une cohabitation apaisée avant la tenue effective des élections crédibles. D’ailleurs, le fait qu’il ait été déjà pointé par le camp du président Kabila et le fait pour lui d’avoir refusé d’occuper le poste en dehors de l’aval de Tshisekedi rassure l’UDPS qu’il ne trahira jamais », fait savoir un autre cadre du parti.

Auprès de la famille biologique du sphinx, Bruno Tshibala entretient de bonnes relations. En sera-t-il le cas s’il montre des ambitions ? Jusqu’à ce jour, il est resté silencieux et ne s’agite pas pour qu’on fasse attention sur sa personne.

Ses détracteurs considèrent son atout d’évoluer à l’ombre de Tshisekedi comme une faiblesse parce que comme Premier ministre il sera appelé à prendre des décisions sans Tshisekedi. On lui reproche également d’être éloigné des combattants.« Comment un combattant de la base comme Bruno Tshibala peut être séparé de la base », a réagi l’un de ses proches. Outsider, Tshibala peut surprendre en étant « ce candidat de compromis, sans être Premier ministre par défaut », a dit un analyste de Kinshasa qui a refusé par ailleurs qu’on le qualifie d’outsider de deux autres prétendants.

Le Potentiel



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Commentaires

muke Вт 31 января 2017 17:00

j'aime les infos