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RDC : le pouvoir fragilisé après les massacres de Beni

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RDC : le pouvoir fragilisé après les massacres de Beni

Le Premier ministre congolais a été chahuté lors de sa visite à Beni, après une nouvelle tuerie dans la région, et de violentes manifestations ont éclaté ce mercredi.

Une explosion de colère qui met en difficulté le gouvernement et le président Kabila, alors que le pays s’enfonce dans une crise politique majeure. Beni sera-t-il le massacre de trop ?

La colère gronde contre le gouvernement alors que le bilan s’alourdit au Nord-Kivu, où 51 personnes ont été tuées dans un massacre le week-end dernier à Beni – voir notre article. « On en a marre de votre compassion… démissionnez ! » pouvait-on entendre au passage du Premier ministre, Augustin Matata Ponyo mardi 16 août dans la ville martyre du Nord-Kivu. Le chef du gouvernement de République démocratique du Congo (RDC) était en visite à Beni aux côtés du vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur Evariste Boshab, du ministre de la défense Crispin Atama, et du chef d’Etat-major général Didier Etumba.

Population exaspérée à Beni

Mercredi matin, au lendemain de la visite ministérielle, la pression est montée d’un cran devant la mairie de Beni où plusieurs centaines de personnes, rejoints par manifestants de Butembo et Oicha, ont bloqué l’avenue Nyamwisi et se sont attaqués à des drapeaux de la Majorité présidentielle. Des coups de feu ont été tirés par la police, qui a procédé à plusieurs arrestations. Au coeur de la colère : l’impuissance du pouvoir à stopper les massacres à répétions dont est victime la région depuis l’automne 2014. Des tueries à l’arme blanche qui ont provoqué, en moins de deux ans, la mort de plus de 650 personnes.

Promesses présidentielles

Après trois visites présidentielles à Beni et plusieurs promesses de ramener au plus vite la sécurité dans la zone, la population ne décolère pas face  à l’incapacité des autorités congolaises et de l’armée régulière à arrêter les tueries. Les trois jours de deuil national n’ont visiblement pas suffit à calmer une population partagée entre la colère et la peur de nouvelles attaques. Le président Kabila était pourtant venu rassuré la population sur place trois jours avant ce nouveau massacre, promettant une nouvelle fois « d’imposer la paix » dans la région… en vain.

Complicité au sein des FARDC ?

Après pratiquement deux ans de massacres sans fin, le président Joseph Kabila et le gouvernement congolais se retrouvent, avec les casques bleus de l’ONU, au banc des accusés. Surtout que des doutes subsistent sur les réels responsables de ces massacres. Les autorités et l’armée congolaise affirment que les rebelles ougandais les Forces démocratiques alliées (ADF) seraient les auteurs de ces tueries. Un groupe armé présent depuis plus de 25 ans en RDC et dont la structure s’est fortement « congolisée » au fil des années. Mais un rapport très documenté du Groupe d’étude du Congo (GEC) pointe des responsabilités multiples dans ces massacres, et notamment des autres groupes armés congolais, mais aussi au sein même de l’armée congolaise. Des complicités à haut niveau qui impliqueraient un général de l’armée régulière, Muhindo Mundos 

Des massacres… et une crise politique

Ce nouveau massacre semble désormais cristalliser les tensions politiques très vives qui agitent en République démocratique du Congo (RDC) à l’approche de la fin du mandat de Joseph Kabila, fin décembre 2016. L’opposition accuse le chef de l’Etat de tout faire pour retarder le scrutin afin de s’accrocher au pouvoir au-delà de 2016. Une décision de la Cour constitutionnelle a d’ailleurs validé cette « stratégie » en autorisant le président congolais à rester en poste jusqu’à la tenue des élections. Les « manoeuvres » du camp présidentiel ont plongé le pays dans une crise politique profonde, mobilisant fortement la population contre une possible troisième mandat de Joseph Kabila 

Le gouvernement s’abrite derrière le terrorisme international

Cette énième tuerie à Beni pourrait être le massacre de trop pour le pouvoir congolais. Une étincelle qui pourrait embraser la région, déjà très instable, voire le pays tout entier. Pour éteindre un possible « incendie », le gouvernement a changé… sa communication. Fini, les groupes armés et les ADF et bienvenue aux « terroristes djihadistes ». Un changement de vocable qui permet aux autorités congolaises de s’abriter derrière le terrorisme international qui frappe le Moyen-orient, l’Afrique et l’occident. Une nouvelle stratégie qui ne correspond pourtant a aucune réalité sur le terrain. Les experts internationaux, ainsi que les autorités congolaises, qui se sont penchés sur la question, n’ont jamais pu prouver le moindre lien entre les ADF et les réseaux islamistes (notamment les Shebbabs somaliens). Le « terrorisme » serait soudain apparu en 2016, alors que la région vit avec une cinquantaine de groupes armés, la plupart congolais, depuis plus de 20 ans.

Fusibles ?

L’opposition ne s’est évidemment pas gênée de fustiger l’incurie de Kinshasa face à une situation « qui n’a que trop duré ». L’UDPS de Tshisekedi a dénoncé « l’illégitimité » de Joseph Kabila qui a « failli à la mission régalienne de protéger le peuple congolais ». Quant à Moïse Katumbi, candidat déclaré pour succéder à l’actuel chef de l’Etat, il accuse « l’inaction coupable de nos dirigeants ». Pour l’heure, Joseph Kabila n’a pas voulu jouer la carte du « fusible » en débarquant un membre de son gouvernement. Ebranlée par les massacres de Beni, la crédibilité du chef de l’Etat est pourtant mise à mal. Mais en limogeant son ministre de la défense ou son chef d’Etat major de l’armée, le président congolais se fragiliserait lui-même, alors que son propre camp apparaît affaibli par la crise politique. Certains observateurs affirment enfin que la reprise de l’insécurité à l’Est pourrait servir les desseins du président Kabila pour se maintenir au pouvoir en instaurant un « Etat d’urgence », légitimant ainsi le report de la présidentielle.

Christophe RIGAUD – Afrikarabia



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